
D'un point de
vue commercial, à la revente, la tuile ancienne se négocie dans le Jura autour de 20 centimes € TTC (dans le cas où le particulier en assure la dépose et la mise en palettes). C'est peu.
Sur E-Bay on voit se revendre des tuiles autour de 30 ou 40 centimes. Encore faut-il pouvoir en assurer la livraison...
Nous avons essayé de démarcher les charpentiers des régions voisines dont les villages sont classés aux Monuments Historiques et qui recherchent donc pour de la rénovation des tuiles anciennes de
qualité; mais les professionnels contactés nous ont expliqué chercher des tuiles grises, de meilleure réputation que les nôtres, couleur brique. Nous n'avons pas bien compris où se situait la
différence (argile, cuisson ?).
Ce qui est sûr, c'est que les pros cherchent de gros lots, pas 500 vieilles tuiles, mais plutôt entre 15 et 20 palettes !
Au final, nous avons gardé une tuile sur deux, ce qui représente une dizaine de palettes pour un toit de 400 mètres carrés initiaux.
La mise en palettes : tout un art
Nous avons particulièrement soigné la mise en palettes afin d'assurer un bon transport :
- tuiles en quinquonce (elles s'imbriquent)
- inversion de la face des tuiles posées contre le montant de la palette à chaque nouvelle rangée
- fil de fer tenseur entre les montants tous les deux rangs en hauteur (pas plus de 5 rangées de haut)
Et surtout :
- tuiles posées très droites, bien verticales sur leur champ.
- tuiles bien espacées entre deux rangées pour que les extrémités ne se rabotent pas par frottement (laisser 2 cm minimum)
- tuiles ne débordant pas non plus de la palette !

Au passage, le truc pour les ranger bien droites est de toujours commencer une rangée du même côté de montants, en n'oubliant pas, comme précisé ci-dessus, d'alterner les faces.
La mise en palettes est une tâche longue et ingrate, on se baisse beaucoup et on porte des tuiles lourdes et abrasives. C'est un poste de travail difficile, nous vous conseillons donc de prévoir du
personnel : le minimum est d'avoir une personne sur le toit qui collecte, ôte et expédie les tuiles par toboggan, une personne en bas à la réception qui trie et dispose les tuiles en quinquonce, et
une personne qui les range sur la palette.
Enfin, pour le transport, nous emmaillotons au dernier moment le pourtour de la palette de film plastique; une opération à ne faire qu'en dernier, car serrées en palette, les tuiles se couvrent en
l'espace de quelques semaines pluvieuses de moisissures blanchâtres qui deviendraient carrément dégoûtantes si elles étaient trop tôt enfermées sous le film plastique.
Dernier détail, terrible cependant : les montants d'une palette peuvent casser, donc posez les palettes bien à plat sur le sol, et au besoin calez-les avec des bouts de bois. Pensez aussi qu'une
palette pèse plus d'une tonne, donc réfléchissez bien à son emplacement avant de la remplir.
Si vous avez prévu un transpalette pour les déplacer, ou tout engin muni d'une fourche qui se glisse sous la palette, vérifiez bien, à vide, que la palette est orientée correctement, car le socle
de la palette a un sens, et s'il est mal disposé, jamais la fourche ne pourra passer dedans pour soulever le tout. Là encore, c'est abstrait, mais il faut avoir commis l'erreur une fois pour bien
comprendre la subtilité très concrète d'une palette remplie jusqu'aux oreilles... et intransportable.
Ci-contre : ce qu'il ne faut pas faire : empiler les tuiles en biais, et mettre du fil de fer à toutes les rangées (c'est du gâchis).