Rater son toit, c'est possible, et c'est facile : nos conseils pour rénover sa maison ancienne en ayant l'air d'habiter un lotissement.
Le détail qui tue : les aérations
Une fois la tuile choisie, restent les détails, et souvent c'est là que se loge le diable. Pour rater son toit, il faut d'abord acheter les accessoires aussi coûteux que laids que les fabricants de
tuiles ont prévu : citons bien sûr les petits pénis de bout de toit, un genre de gland en forme de pomme de pin censé donner un air châtelain et cossu à la maison.
Il faut aussi recourir aux aérations de toiture qui ressemblent à des petits périscopes, ou des trappes, et qui donnent de loin l'air d'avoir placé des encoches dans le toit.
Chez nous, des liteaux crantés posés en bas de toiture les ont avantageusement remplacés, les crans sciés dans le bois laissant l'air passer tout pareil.
De même, nous avons aussi insisté pour que les tuiles faîtières soient meulées avec un cran de quelques mm de haut qui permette à l'air de s'échapper quand même.
Comme ça, on a un toit immense, mais uni, sans rupture visuelle.
Le détail qui enlaidit : les tuiles de rive
Deuxio, les mansardes : la mode est aux tuiles de rive qui recouvrent les bords de la mansarde. On ne voit plus qu'elles, et honnêtement, c'est moche, une tuile de rive. Mais évidemment, toutes les
maisons neuves en ont, alors en rénovation ça s'impose aussi.
Nous avons préféré un sobre bardage de zinc, cloué sur une planche, qui gardait à la petite charpente de la mansarde son élégance (nous avons fait moulurer les extrémités des petites poutres qu'on
voit dépasser d'en dessous les tuiles, petit détail qui fait "ancien"). D'ici quelques années, le zinc se sera terni (cf la photo à gauche ci-dessous) et fondu dans le toit.
Il sera toujours temps, dans 10 ans, de déclouer la planche et son bardage zingué, et d'en mettre une neuve, si vraiment elle vieillit mal. Mais de notre point de vue, un bois lessivé par la pluie,
grisé, c'est poétique.

(A titre indicatif, moins romantique, la direction départementale des monuments historiques de Côte d'Or déconseille aussi les tuiles de rive sur les lucarnes, car ce n'est pas
traditionnel.)

Ci-contre : avant/après, nos mansardes avec leur bardage en zinc.
NB. On va remplir l'espace vide devant avec de la chaux ou deux pierres de taille en triangle. On va éviter le remplissage avec des petites pierres de maçonnerie, pour garder au joli linteau courbe
son côté massif et chic, presque snob.
La frisettomanie
Tertio, la frisette : c'est l'hymne nationale de la charpenterie moderne. Frisette, frisette, tout le monde en pose juste sous le rebord des tuiles, pour que depuis la rue, quand on lève la
tête, le des

sous du toit montre un beau lambris verni chêne clair, de cette couleur orangée qui rappelle tellement le style chalet
savoyard. (Ci-contre, la totale : mansardes avec tuiles de rive ET frisette).
Mais c'est affreux d'avoir du bois qui ne vieillit pas, si ce n'est en se pelant, avec cette belle couleur de faux chêne. Et je ne parle pas des coffrages hideux qu'on voit aussi sous les rebords
des toits, qui ressemblent aux slips qui dépassent des pantalons taille basse !
Donc pas de frisette vernie. Donc on verra l'écran de sous-toiture. Noir, en plastique, donc moche. Nous finirons bien par le recouvrir, mais peut-être sous forme de planches de taille inégale, et
pas vernies, pour qu'elles se patinent.
Les gouttières : le cuivre c'est chic
Enfin, les gouttières. Là, plus on est riche, plus on met de cuivre. Quoiqu'entre cuivre et zinc, la différence de coût ne se sente guère : de l'ordre de quelques centaines d'euros pour nous, soit
une goutte d'eau dans un chantier qui tourne quand même à 40 000€.
Mais on a tellement vu des gouttières en cuivre qui se la jouaient rénovation façon Versailles, avec en dessous des volets roulants en PVC, qu'on a préféré faire discret. (ci-dessous : un
intéressant mélange de gouttière en cuivre et de coffrage lasuré

, dans un style voyant très réussi).
... Mais on n'aurait peut-être pas dit la même chose s'il avait fallu poser aussi de grandes plaques de zinc pour faire les côtés des lucarnes, car c'est assez laid, tout ce métal brillant. Dans ce
cas, des joues en cuivre, assorties aux gouttières, semblent s'imposer. (Pour faire vraiment moche, pensez cependant aux fausses briques collées sur les côtés, avec une charpente en sapin teinté
merisier).
Heureusement, en ce qui nous concerne, nous n'avons qu'un petit bout de zinc à supporter, et pour le reste, on mettra de la chaux, pour aller avec les tons pierre de la mansarde.
Les cheminées, elles aussi, peuvent être astucieusement enlaidies avec quelques trucs simples : un tuyau en inox, par exemple, donne un air moderne très réussi qui jure bien avec une maison en
pierres. Nous conseillons aussi les crépi californiens bien blancs, avec leur délicieux petit chapeau plat.
Voilà, c'était mon petit accès de méchanceté. En résumé, à mon avis, dans une rénovation, c'est l'homme qui s'adapte à la maison, et pas la maison qui s'adapte à l'homme. Il faut donc en accepter
le petit air décati, la patine et les fêlures, et ne pas vouloir guérir les outrages du temps à grand coups de parpaings ou de fenêtres en PVC. Et se méfier des modes, aussi ridicules que vaines,
qui datent une rénovation aussi sûrement qu'un tuning sur une 4L...