Présentation

  • : Pierres Vivantes
  • : Rénovation d'une maison en pierres de 1815 (Jura). Un chantier écolo, petit budget, beaux matériaux. Récit, fiches techniques et pratiques au fur et à mesure des travaux.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Catégories

Vu du chantier

A venir

Prochain article : L'affouage, mode d'emploi
L'affouage communal est sans doute la manière la plus économique de se fournir en bois de chauffage, mais comment s'inscrire ? Et comment faire quand on n'a pas de tracteur ?

Pour être averti(e) à parution : inscrivez-vous à la Newsletter (voir plus bas dans la colonne). Garantie sans spam !:))
 

Recherche

Cesancey-Grue-Toit-oct2007.jpgCette maison  en pierres, toute en longueur, date de 1815.
Elle est située dans un village jurassien du Revermont.
Elle a appartenu à des vignerons qui ont connu la belle époque (belles pierres, jolies ferronneries de portes, boiseries dans le salon) mais est inhabitée depuis de longues années (aucun chauffage installé, aucune isolation).
Nous souhaitons la refaire à l'ancienne (chaux plutôt que ciment, pierres de taille plutôt que parpaings) avec un budget serré nous obligeant à réaliser nous-mêmes une partie du gros-oeuvre (découverture du toit, percement d'une porte de grange).

Objectif
de ce blog

Nous n'avons aucune expérience en bâtiment. Et comme on va se poser les mêmes questions que tout le monde, on voudrait être utiles au reste des Béotiens et pour cela :
  • compiler nos propres fiches d'infos existantes sur des sujets techniques précis, en redonnant en langage clair le charabia technique du BTP, en donnant des conseils pratiques (et en en recevant !).
  • étudier les solutions écologiques à l'isolation (chanvre ?), au chauffage (chaudière à bois ou poële de masse ?, récupération d'eau, comment se fabriquer une citerne maison).

Le blog est classé en catégories par corps de métier. Attention ! Les textes les plus anciens sont en bas, les plus récents en haut. Pour lire de façon chronologique il faut donc aller tout en bas de page et remonter. 
Dans la restauration de maisons, on bute toujours sur les mêmes problèmes. L'un de ceux le plus fréquemment entendu concerne les artisans : chers, pas disponibles, et pas forcément plus compétents sur des produits pointus (chaux aérienne par exemple) qu'un amateur débrouillard...
Bref, ça flingue dès qu'on prononce les mots "devis" et "délais".

C'est en discutant avec Denis, un ami qui est en train de retaper une maison de vigneron de la fin du XVIIIème siècle, près de Beaune (Côte-d'Or), que nous avons compris l'ampleur du désamour entre les clients et les artisans.
Car Denis a vu passer, après avoir acheté sa maison (trois corps de bâtiments et 140 mètres carrés habitables), maçon, électricien, couvreur, enfin bref, pas mal de corps de métier... Mais après deux ans de chantier, il va finalement faire appel à un architecte pour la partie maîtrise d'oeuvre. Les artisans qu'il a fait travailler en direct l'ont en effet déçu. Il nous livre ici son récit, instructif.

L'artisan maître d'oeuvre : une fausse bonne solution

"Lorsqu’il a été question de faire intervenir les artisans pour la première fois, le maçon, plein de motivation (à l’époque !) s’était improvisé chef de chantier, coordonnant autres plombier ou électricien, tout cela dans le dynamisme et la bonne entente générale. Les choses étaient claires, les interventions cantonnées à une zone d’à peine 50m² (dalle en béton à couler au rdc, incluant gaines et tuyaux).

Pour diriger un artisan, il faut finalement travailler soi-même dans le bâtiment...

Mais un chantier comme le nôtre demande de savoir clairement ce que l’on souhaite, mais aussi comment on souhaite le voir réaliser, et c’est là que les distances se creusent …

• Un artisan (comme on en croise généralement aujourd’hui) a finalement besoin d’un minimum ou au contraire d’un maximum d’informations … il ne sait pas gérer l’entre-deux.

• Il ne sait pas, par exemple, vous proposer une solution technique astucieuse répondant à vos besoins … généralement l’artisan fait ce qu’il a l’habitude de faire, et jamais plus, ni mieux !

• L’artisan est souvent débordé, en retard au rendez-vous, a parfois votre dossier sur lui, vous explique que naturellement ce que vous lui demandez est complexe mais possible … et oublie de prendre des notes sur ce que vous venez de mettre au point avec lui pendant 2 heures !

... Au final, dans le meilleur des cas, tout sera fait correctement, mais dans le pire : les travaux seront réalisés à partir des vagues souvenirs que l’artisan aura de vos entretiens avec lui, ne correspondront jamais à 100% à ce que vous souhaitiez, seront conduits dans le flou, avec des ouvriers dont la qualification reste encore à vérifier, disposant même d’un outillage perfectible quand ils ne vous empruntent pas le vôtre traînant négligemment sur place …

Evidemment, ces travaux seront réalisés dans la précipitation, avec force dégâts collatéraux, sans aucun respect des délais, et … chers !

Des ouvriers rares, jeunes, et formés à aller vite

Ceci nous amène à la seule vraie question : Pourquoi ?
- des maîtres d’ouvrage (nous) inexpérimentés ? – Certainement !
- des artisans (eux) débordés ? – Assurément !
- la coordination ? – Oui !
- la mondialisation (le « plombier polonais ») ? – Pourquoi pas !

Mais dans le fond, c’est à la fois plus simple et plus compliqué que ça !

Concrètement …

• Les 35 heures sont passées par là et il n’est plus possible de rencontrer des ouvriers sur son chantier quand on est soit même astreint à des horaires de travail classiques.
• Les entreprises travaillent à effectifs restreints et ne remplacent généralement pas un ouvrier malade.
• L’orientation scolaire ayant pendant trop longtemps fait miroiter à tous les promesses du baccalauréat, les formations aux métiers du bâtiments, considérées comme ingrates voire dévalorisantes, ont connu une désaffection forte.

...De ce fait, la pyramide des âges est creusée en son centre (on trouve souvent dans les entreprises et sur le terrain des ouvriers âgés ou au contraire des jeunes à peine formés)


Aujourd'hui, ce qui coûte cher, c'est l'ouvrier, pas le matériau

Autrefois les matériaux de qualité étaient rares et la main d’œuvre peu chère.
Aujourd’hui la qualité moyenne des matériaux s’est améliorée, mais c'est la main d’œuvre qui est devenue très chère. Pour un devis portant sur les mêmes travaux on peut dire, pour caricaturer, que l’on paie aujourd’hui 20% matériaux / 80% main d’œuvre, alors que c’était l’inverse autrefois. Cela, c'est un architecte en chef des Monuments historiques qui me l'a dit !

De plus,  l’évolution des techniques et la généralisation de la construction neuve ont incité les entreprises à une course à l’armement. Les ouvriers « d’âge moyen » se battent pour monter sur les différents engins motorisés indispensables à tout chantier voulant paraître sérieux !

On pourrait fustiger une majorité d’artisans, comme j’ai commencé à le faire, ou bien leur fournisseurs, grossistes en matériaux …Ces derniers étant eux-mêmes les revendeurs disciplinés de produits issus de la grande industrie du bâtiment, qui s’est elle-même moins souciée, et pendant trop longtemps, du bien être de l’habitant dans sa maison, que de la rapidité de mise en œuvre des matériaux qu’elle vendait !

Au final, on enregistre une perte des savoir-faire dans les entreprises (pas ou peu de formation continue) et aussi sur le terrain (la force de travail est plus mobilisée sur les tâches mécanisables que sur les « travaux manuels »).
 

Les 4 conseils pour un chantier sans tensions

• Ce n’est pas parce qu’un artisan est cher qu’il est bon, mais souvent les bons artisans sont chers.

• Ce n’est pas parce qu’un artisan accepte de vous faire un devis qu’il a envie de travailler pour vous.

• Ce n’est pas parce que le devis est élevé que le travail sera bien fait.

• Un artisan débordé, qui vous aura rédigé un devis dissuasif (= montant astronomique !) est tout aussi capable de bâcler le travail qu’un mauvais artisan pas cher et disponible ! …

Moralité, il faut apprendre à repérer le bon artisan, amoureux de son métier, plutôt bien occupé, donc assez cher, mais honnête ! Le problème, c’est que cette faculté de discernement n’est pas donnée à chacun et que cela prend du temps !

Heureusement, et allant de déboires en mauvaises surprises, nous avons pris pendant ce temps de nouveaux contacts, avons découvert de nouveaux réseaux où se retrouvent les artisans-artistes qui restent encore les défenseurs des valeurs de leur métier.

Saluons aussi les efforts conséquents entrepris par quelques organismes altruistes, soucieux d’apporter des services aux habitants, de convaincre les entreprises de se recentrer sur l’authenticité des matériaux et des méthodes. (ex. CAUE 21)

Aujourd'hui, afin de repartir du bon pied, nous faisons donc appel à un architecte qui s'occupera, à notre place, de relancer, cadrer, vérifier le travail sur le chantier."

créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus